Tendances

La montée des périls guette les bourses

Après une année 2022 en berne, les marchés actions ont connu une nette embellie au premier semestre 2023 qui, hélas, pourrait s’arrêter devant la montagne de difficultés économiques et financières à venir…

(© Adobe Stock)
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Avec l’envolée de l’inflation, la hausse des taux d’intérêt et les incertitudes géopolitiques liées à la guerre en Ukraine, l’année 2022 s’est très vite muée en annus horribilis pour les marchés actions et obligataires, et ce des deux côtés de l’Atlantique. Seules quelques valeurs — essentiellement énergétiques et technologiques — avaient réussi à tirer leur épingle du jeu, laissant de la sorte un goût amer aux investisseurs, surtout après la fulgurante progression de l’année 2021. C’est pourquoi les espoirs pour 2023 étaient maigres et, pourtant, le premier semestre a amplement dépassé les attentes !

Des marchés tirés par un faible nombre de valeurs

Indubitablement, les marchés actions ont tutoyé des sommets ces derniers mois. Ainsi, le CAC 40, après avoir baissé à 5 700 points en septembre 2022, a remonté à 7 500 points en mai 2023. Il est vrai que, d’après les premiers chiffrages, les entreprises de cet indice ont cumulé plus de 81 milliards de dollars de bénéfices nets sur six mois, en hausse de 15 % sur un an, essentiellement en raison de la hausse de leurs prix de vente. Cela démontre au

passage le fort pouvoir de marché détenu par ces grandes entreprises, souvent multinationales, contrairement aux PME et TPE qui subissent l’inflation.

Mais cette hausse globale est aussi l’arbre qui cache la forêt : certes, les grandes banques ont repris des couleurs avec la remontée des taux d’intérêt et le luxe se porte comme un charme, mais d’autres entreprises ont des résultats bien moins flatteurs à l’image d’Eurofins et d’Arcelor Mittal, la première subissant de plein fouet la fin de la pandémie et la seconde l’envolée des coûts énergétiques. Un constat similaire peut être fait sur les autres bourses européennes. Quant aux États-Unis, le Nasdaq avec ses valeurs technologiques et ses rêves (artificiels) liés à l’intelligence artificielle a certes progressé de près de 30 % sur six mois, mais le Dow Jones Industrial Average s’est contenté d’un modeste +3 %.

Le redoutable mois de septembre en Bourse

Traditionnellement, septembre n’est pas un bon mois pour les rendements boursiers, car c’est le plus souvent à ce moment que les investisseurs revoient leurs stratégies, en fonction des résultats du premier semestre et des risques anticipés pour le reste de l’année. Même s’il est vrai que les grands indices (S&P 500, Euro Stoxx 50…) sont pour l’heure plutôt bien orientés, les marchés vont devoir composer avec un environnement économique et financier toujours aussi incertain.

Actuellement, aucune fébrilité n’est cependant à noter du côté de l’indice de volatilité VIX — également appelé indice de la peur —, calculé quotidiennement par le Chicago Board Options Exchange (CBOE). Le calme avant la tempête ? La chaleur estivale qui n’en finit pas, conjuguée à quelques bonnes nouvelles par-ci par-là, semble avoir donné la baraka aux investisseurs, ce d’autant plus que les analystes financiers révisent leur anticipation de croissance des bénéfices à la hausse. À moins qu’il ne s’agisse que de l’habituel aveuglement à la réalité macroéconomique de moyen terme.

Incertitudes économiques et financières

Quoi qu’il en soit, la situation macroéconomique et financière est bien incertaine. Le mauvais génie de l’inflation ayant eu le mauvais goût de sortir de sa bouteille et de ne pas vouloir y retourner. Malgré les politiques monétaires restrictives menées par les Banques centrales, les prix continueront à grimper, en particulier ceux de l’énergie après les récentes décisions de l’OPEP+. Avec pour conséquence de grever les résultats des PME/TPE, qui sont dans l’incapacité de passer leurs coûts dans les prix de vente. Quant aux ménages, leur pouvoir d’achat restera sous contrainte en raison de hausses salariales qui n’ont pas suivi l’inflation, et de restrictions au crédit. À défaut de récession, que certains pays comme l’Allemagne côtoient déjà, l’économie restera atone, et donc peu propice à la hausse du chiffre d’affaires.

Et si le message de fermeté envoyé par les banquiers centraux depuis Jackson Hole, fin août, devait se traduire par une nouvelle hausse des taux d’intérêt — non prévue pour l’instant par les marchés —, l’on assisterait alors à quelques turbulences sévères sur l’ensemble des marchés financiers. D’ailleurs, où en est réellement le système bancaire américain, fragilisé par les faillites retentissantes de la Silicon Valley Bank (SVB) et de Silvergate Bank ? D’aucuns affirment que les braises de l’incendie sont encore brûlantes, tant aux États-Unis qu’en Europe où la chute du Crédit Suisse et les déboires de Deutsche Bank sont encore présents dans tous les esprits. Enfin, l’exposition des établissements de crédit à l’immobilier devra être surveillée dans les prochains mois, tant ce secteur connaît de profondes difficultés.

Au fond, si les cours de bourse ne reflètent plus les fondamentaux de l’économie, mais juste les représentations de l’opinion collective à un moment donné, alors le pire est à craindre en cas de mauvaise nouvelle…