La majorité des Français satisfaits au travail

Alors que la question des retraites cristallise le débat public, l’institut Montaigne s’interroge pour savoir si le rejet d’un projet d’allongement de l’âge légal de départ à la retraite pourrait s’expliquer par une insatisfaction générale des Français à l’égard de leur travail. Zoom, via son enquête, sur les relations qu’entretiennent les Français avec leur travail, menée auprès de plus de 5 000 actifs en emploi.

(c) Adobe Stock
(c) Adobe Stock

Plus des trois quarts (77 %) des sondés se déclarent satisfaits au travail. C’est ce qui ressort de l’enquête menée par l’Institut Montaigne, et plus particulièrement par Bertrand Martinot, économiste et auteur de l’enquête, et Lisa Thomas-Darbois, responsable du projet à l'Institut Montaigne*. Le laboratoire d'idées français relève que cette statistique n’a que très peu évolué ces dernières années, ce malgré la crise sanitaire. Premiers facteurs de satisfaction chez les actifs, de bonnes perspectives de carrière et la reconnaissance de leur travail par les managers. Les travailleurs satisfaits apprécieraient particulièrement leurs bonnes relations avec leurs collègues et managers, leur autonomie dans leur travail et le fait d’avoir un temps de travail adapté.

En termes de temps de travail, les actifs sont globalement satisfaits de leur durée de travail (82 % d’opinions positives) et déclarent majoritairement avoir trouvé un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Le télétravail y étant pour quelque chose, avec, pour ceux y ayant recours, des impacts positifs à la fois sur leur équilibre vie personnelle et professionnelle, leur autonomie et leur efficacité au travail. Contrairement à d’autres études, l’enquête de l’Institut Montaigne montre également que le télétravail n’aurait pas d’effet significatif sur le temps de travail effectif. Néanmoins, au moins 35 % des sondés déclarent avoir des horaires plus atypiques et travailler souvent ou toujours le week-end, le soir après 20 heures et/ou les jours fériés.

« Une juste place » du travail

Le sentiment de satisfaction ressenti par la majorité des actifs va de pair avec un autre résultat, à savoir que deux tiers des actifs jugent que le travail occupe « une juste place » dans leur vie, selon l’enquête. Parmi ceux les plus « heureux » au travail figurent les chefs d’entreprise, les artisans et professions libérales. A noter que les indépendants sont en moyenne plus satisfaits que les salariés du public ou du privé ( 7,6/10 contre 6,7/10). Cet écart de « bonheur » au travail s’expliquerait par les avantages liés au statut, à savoir l’absence de hiérarchie et des horaires de travail flexibles. Néanmoins, les indépendants travailleraient davantage que les actifs à temps plein, soit 45,8 heures par semaine, en moyenne, contre 39,8 heures pour l’ensemble des actifs. A noter qu’un tiers des actifs, toutes catégories confondues, seraient prêts « à travailler plus pour gagner plus ». Au final, s’ils ne travaillent pas plus longtemps qu’auparavant, ils ont incontestablement le sentiment d’avoir plus à faire sur le même volume horaire de travail. Ainsi, 60 % des travailleurs déclarent que leur charge de travail a augmenté ces cinq dernières années.

La rémunération comme premier facteur d’insatisfaction

Cette augmentation ressentie de la charge de travail relèverait au final davantage d’un manque de soutien par le management, d’une charge psychique ou d’une faible autonomie. Ce qui confirme l’exigence des actifs vis-à-vis de leurs conditions de travail et de leur relation avec leur hiérarchie. Au-delà de cet accroissement de l’intensité ressentie au travail, le premier facteur d’insatisfaction reste la rémunération, pour 46 % des sondés, indépendants comme salariés. Le profil type du salarié « insatisfait » ? Un salarié avec une charge psychique élevée qui ne se sentirait pas soutenu par son manager. De manière plus objective, il s’agirait d’un non-manager, avec une ancienneté élevée, frustré par le télétravail, « tout particulièrement si ce dernier lui est interdit, alors qu’il est techniquement possible ».

Ne pas travailler plus longtemps

Dernier point mis en exergue par l’étude, le refus massif du report de l’âge de la retraite. Mis à part les actifs les plus satisfaits de leur travail qui souhaiteraient de manière plus significative ce report, au global, seuls 7 % des actifs estiment que l’âge du départ en retraite n’est « pas assez élevé », alors que 48 % le trouvent « trop élevé ». Plus particulièrement, certaines catégories d’actifs jugent que celui-ci est déjà excessif : il s'agit notamment des moins de 35 ans (59 %), des ouvriers (56 %) et des CSP- (54 %). Le profil type d’un actif désirant un report de l’âge de départ légal à la retraite à plus de 62 ans est une personne de profession CSP+ (agriculteurs, artisans, commerçants), généralement plus âgée. Néanmoins, pas question pour eux de partir à la retraite à n’importe quelle condition. Ainsi, seule une minorité (44 %) souhaite partir de manière anticipée, quitte à voir leur pension réduite. Par ailleurs, 41 % souhaiteraient un aménagement des conditions de travail, avant ce départ.

* Enquête de l’institut Montaigne avec l’aide de Kearney, réalisée en ligne par Kantar Public en septembre et octobre 2022, auprès d’un échantillon représentatif de 5001 actifs français en emploi.

Charlotte DE SAINTIGNON