La Fabrique-Cookies se déploie sur les réseaux sociaux pour faire face à la crise

Alexis de Galembert à l'atelier avec Estelle (responsable R&D et qualité) ainsi que Benoît (responsable fabrication)
Alexis de Galembert à l'atelier avec Estelle (responsable R&D et qualité) ainsi que Benoît (responsable fabrication)

La Fabrique-Cookies a profité du confinement pour opérer sa transformation digitale. En un mois et demi, elle a multiplié par plus de 150 le nombre de commandes via son site Internet. Témoignage. 

Sur le plateau de 300 m² à Clichy, une vingtaine de salariés s’active pour fabriquer des cookies et satisfaire les commandes qui affluent du site Internet. Tout est né de l’achat de deux palettes de beurre. «A la veille du confinement, n’ayant rien vu venir, nous avons continué à commander nos matières premières normalement, et avons reçu une tonne et demie de beurre. Cela représente environ 100 000 cookies, soit 10 à 15 jours de production habituellement », raconte Alexis de Galembert, qui a fondé la Fabrique, en 2012. 

Après les annonces présidentielles, en trois jours, La Fabrique a perdu 100% de son chiffre d’affaires. L’entreprise, dont la moitié du chiffre d’affaires est réalisé en B to B, chez des restaurateurs tels que Linas, Sushi Shop ou Big Fernand et avec des distributeurs tels que Sodexo, Monoprix ou la Grande Epicerie de Paris, voit toutes ses commandes stoppées net, les restaurants étant contraints de baisser le rideau et les commerces de couper leur offre de snacking. «Le coup de grâce est venu de l’enseigne Monoprix, le jeudi de la première semaine de confinement, qui nous a annoncé qu’ils suspendaient toutes leurs commandes». Même celles expédiées la semaine passée reviennent à l’entrepôt. «Même si nous n’y étions pas obligés, étant dans le commerce alimentaire, avec le confinement, nous avons décidé de fermer nos dix boutiques franciliennes. Nous nous sommes donc mobilisés pour limiter la casse», explique le chef d’entreprise. Espérant pouvoir écouler sa matière première, il contacte des boulangers, des maisons de pâtisserie, et des groupes agroalimentaires. « Aucun d’entre eux ne voulait de notre beurre AOP du Poitou à 6,30 euros le kilo». 

Un post très viral 

Poussé par sa famille et quelques membres de son équipe, Alexis de Galembert décide alors de créer un groupe WhatsApp intitulé «Save la Fabrique». «L’idée a germé de faire passer un message sur les réseaux sociaux pour lancer un appel à l’aide». Le 19 mars, la Fabrique communique sur les 100 000 cookies à écouler en un mois et demi –rapport à la DLC (date limite de consommation) de sa matière première–, joignant à sa proposition un code promotionnel avec «100 000 mercis». En parallèle, l’entreprise s’engage, dans une logique de solidarité, à envoyer une boîte de huit cookies au personnel hospitalier, toutes les trois commandes. «On ne s’attendait pas à ce qu’il s’est passé : les gens se sont fortement mobilisés, le message a été vu et relayé des centaines de milliers de fois. Ca a pris une telle ampleur que l’offre nous a finalement échappé», avoue-t-il. Les premiers jours, le site enregistre quelque 500 commandes quotidiennes, soit près de 150 fois plus que les trois commandes moyennes habituelles –les ventes e-commerce ne représentaient jusqu’alors que 0,5% de son chiffre d’affaires. Celles-ci stagnent ensuite à 200 commandes quotidiennes jusqu’à fin avril. «On arrivait parfois le lundi matin avec plus de 1 000 commandes à préparer. A la différence d’une boutique, un site de e-commerce ne s’arrête jamais !», compare le chef d’entreprise. 

Des difficultés techniques

Pour faire face, Alexis de Galembert, qui avait placé une partie de ses 45 salariés en activité partielle, est obligé de mobiliser une vingtaine de personnes. «J’ai dû sortir mes vendeurs de l’activité partielle pour les transformer en pâtissiers et en préparateurs de commandes». Si le site Internet avait heureusement été remodelé en 2017, pour fonctionner sur une vraie plateforme e-commerce, celui-ci a néanmoins présenté quelques failles. «Nous ne l’avions pas optimisé, et avons dû gérer des problèmes techniques, notamment sur le module de paiement, explique Alexis de Galembert. Nous avons reçu des appels de clients mécontents qui pensaient avoir finalisé leur commande, mais à cause de cette fonctionnalité défaillante, elle n’était en fait pas passée». L’entreprise a également dû retravailler son offre pour qu’elle soit réalisable. Si, en temps normal, la plateforme permet de personnaliser les parfums au sein des coffrets, là ce n’était pas possible de proposer ce service. Le chef d’entreprise avoue également avoir moins bien géré et négocié l’aspect logistique, à la fois en termes d’approvisionnement et de transport. Mais avec le recul, il reconnaît que toutes «ces difficultés ont finalement été stimulantes, dans cette période anxiogène».

Une reprise poussive

En un mois et demi, l’entreprise a fabriqué plus de 220 000 cookies, soit plus du double que les 100 000 prévus initialement dans son message d’alerte. «On a dû recommander du beurre», s’amuse Alexis de Galembert. Et 17 000 cookies ont été envoyés au personnel hospitalier. 

Le plus difficile reste finalement à venir. «Nous sommes rentrés dans le dur après le déconfinement, avec une reprise très lente. L’activité n’est pas encore repartie », ce début juillet. L’entreprise enregistre une baisse de chiffre d’affaires de 40%, en moyenne, en boutique. «Nous sommes pour partie très exposés aux transports en commun, avec nos boutiques implantées dans les gares qui n’ont donc pas rouvert. Pour celles situées en centre-ville, nous avons dû réaménager nos horaires pour nous adapter ». Si l’activité B to B reprend progressivement, la restauration collective, elle, n’est toujours pas repartie et les distributeurs ont revu leurs commandes à la baisse par rapport à avant. «De notre côté, nous devons supporter des frais fixes, alors que nous n’avons pas retrouvé le même niveau d’activité que pendant le confinement».  En revanche, même si  les ventes e-commerce ont baissé par rapport au temps du confinement, elles restent néanmoins dix fois supérieures à avant, avec 20 à 30 commandes quotidiennes en moyenne.

Charlotte De SAINTIGNON