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La dynamique d’embauches des cadres décélère

L'Apec a présenté début avril ses prévisions de recrutements de cadres pour 2024. Si le niveau d’embauche reste très haut, dans le même temps, avec une croissance économique poussive, la dynamique ralentit, indique l’Association pour l’emploi des cadres. Et les difficultés de recrutement des entreprises restent élevées.

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Cette année, les recrutements de cadres continueraient à progresser, avec 337 000 embauches prévues, mais néanmoins à un rythme nettement ralenti (+2 %), selon le dernier baromètre de l’Apec*. Le volume de recrutements prendrait toujours appui sur les services à forte valeur ajoutée et aussi l’industrie. Dans le détail, trois fonctions totalisent ainsi la moitié des recrutements : l’informatique, le commercial et le marketing, et les études et la R&D. En revanche, le commerce, la construction et certains services (immobilier) réduiraient la voilure, selon l’Apec. Gilles Gateau, directeur général de l’Apec, se félicite de ces bonnes prévisions : « Bonne nouvelle, les intentions d’embauches de cadres pour 2024 restent à très haut niveau. Ces besoins en compétences cadres sont notamment portés par les services à forte valeur ajoutée et, fait marquant cette année, l’industrie, en pleine transformations numérique et énergétique. Cependant, d’autres secteurs sont moins bien orientés, comme la construction, le commerce ou encore l’immobilier ». A noter que plus de 50 % des prévisions d’embauches concernent des profils d’une à dix années d’expérience.

Ile-de-France, Pays-de-la-Loire, Occitanie et Aura, régions motrices

En termes géographiques, les régions motrices pour l’emploi cadre –Île-de-France, Auvergne-Rhône-
Alpes (Aura), Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse, Occitanie et Pays de la Loire– « apporteraient leur
écot » à cette progression de 2%, note l’Apec. Tandis que les autres territoires verraient leur volume de
recrutements se contracter ou demeurer stable.

Néanmoins, de nombreux aléas entourent cette prévision de l’Apec. Ainsi, « la croissance économique
2024 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices, avec un contexte géopolitique facteur d’instabilité et
un investissement percuté par la forte hausse des taux d’intérêt en 2022 et 2023 », note l’Apec. La
Banque de France évalue ainsi la croissance à 0,8 % en 2024, tandis que la hausse des taux d’intérêt a
continué jusqu'au 21 juin 2023, chaque mois au rythme de 25 points de base pour s'établir à 4,25 % au
27 juillet 2023. En dépit du ralentissement économique, Gilles Gateau confirme que « les difficultés de
recrutement restent élevées », avec, en décembre 2023, 72% des entreprises qui anticipaient comme
« difficiles » leurs recrutements de cadres au trimestre suivant.

Hausse de 7% en 2023

Côté bilan, en 2023, le marché de l’emploi cadre est resté porteur et s’est établi bien au-delà des
300 000 recrutements prévus. Ce sont ainsi 330 700 cadres qui ont été recrutés, soit une progression de
7 % sur un an. « Un nouveau record historique », commente l’Apec. Après les forts rebonds post-Covid
(+18 % en 2021 et +15 % en 2022), la dynamique de l’emploi cadre a donc retrouvé, l’an dernier, son
rythme d’avant crise. A noter, une hausse de 6% par rapport à 2022 des créations nettes de postes. Pour
Gilles Gateau, les entreprises vont continuer d’investir et donc de recruter pour faire face aux transitions.
« Si les années post-Covid furent particulièrement dynamiques en raison d’un rattrapage, force est de
constater que les entreprises ont bien compris qu’elles devaient, malgré les aléas géopolitiques et
économiques, continuer d’investir... ce qui passe par des recrutements de cadres ».

Dans le détail, en 2023, ce sont les services à forte valeur ajoutée (+8%) –activités informatiques,
ingénierie-R&D, activité juridiques, comptables et conseil, banque-assurance–, qui sont restés très actifs.
A noter, « une bonne surprise venue de l’industrie », avec un bilan 2023 très positif (+15 %), notamment
par un effet de rattrapage dans l’automobile et l’aéronautique. Le commerce et la construction sont, en
revanche, restés à la peine. « L’ensemble des régions ont profité de cette bonne orientation, précise
l’Apec, avec une mention spéciale pour l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et les Pays de la Loire, qui
affichent les plus fortes progressions ».
*Enquête annuelle menée auprès de 8 200 entreprises du secteur privé en France métropolitaine

Charlotte DE SAINTIGNON