Europe

La difficile reprise économique

Malgré les plans d’aide, la reprise économique semble tarder, en particulier au sein de l’Union européenne (UE). Il est vrai que les incertitudes sanitaires et économiques demeurent fortes…

La difficile reprise économique
La difficile reprise économique

Presque un an après le début de la pandémie, le virus de la covid-19 circule toujours et il faut désormais également lutter contre des variantes aux effets bien plus inquiétants d’après les scientifiques. À tel point que de nombreux pays se reconfinent en urgence ou à défaut prennent des mesures drastiques pour limiter la vie sociale. Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que la reprise économique se fasse attendre…

Une contraction du PIB partout dans le monde

Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), la production mondiale s’est contractée de 3,5 % en 2020. Dans le détail, le Produit intérieur brut (PIB) réel a reculé de 4,9 % pour les pays avancés, 10 % au Royaume-Uni, 3,4 % aux États-Unis et 5,1 % au Japon. Dans la zone euro, le recul est de 7,2 %, mais les disparités sont fortes : -11,1 % en Espagne, -9,2 % en Italie, -5,4 % en Allemagne et -8,3 % en France, selon une première estimation de l’Insee.

En ce qui concerne les pays émergents et en développement, le repli est de 2,4 %, mais là aussi avec de grandes disparités entre les régions : -8 % en Inde, -3,6 % en Russie, -4,5 % au Brésil, -8,5 % au Mexique, -3,9 % en Arabie Saoudite, -7,5 % en Afrique du Sud. Quant à la Chine, épicentre de l’épidémie il y a un an (peut-être plus, aux dires des experts de l’OMS…), elle termine 2020 avec une croissance positive de 2 %, une réelle déconvenue pour un pays dont le calme social précaire ne peut être maintenu qu’avec une croissance d’au moins 8 %…

Une reprise plus lente que prévu

Pour 2021, le FMI prévoit que les mesures d’aide et la vaccination devraient soutenir l’économie mondiale, d’où un taux de croissance de l’économie mondiale anticipé de 5,5 % en 2021 — 4,3 % dans les pays avancés et 6,3 % dans les pays émergents et en développement —, avant une année 2022 où l’accroissement du PIB réel serait globalement plus lent. Selon la Banque de France, qui fait l’hypothèse que l’épidémie ne cesserait pas immédiatement et que la vaccination prendrait jusqu’à la fin de l’année 2021, le taux de croissance de la zone euro serait de 4 % en 2021 et 2022, juste de quoi retrouver d’ici à 2023 le niveau d’activité d’avant la crise…

Cependant, ces prévisions tant du FMI que de la Banque de France et d’autres institutions restent dépendantes de beaucoup de facteurs peu ou pas connus, comme les délais de livraison des vaccins — qui défrayent d’ailleurs la chronique ! —, la vitesse de circulation des variantes du virus, les éventuels confinements, l’efficacité des plans de soutien économique, la coopération mondiale ou régionale, etc. Autant d’incertitudes qui brouillent les écrans des prévisionnistes.

Le plan de relance européen à la peine

En juillet 2020, les 27 États membres de l’UE ont décidé de s’endetter en commun pour financer un plan d’aide européen de 750 milliards d’euros baptisé Next Generation EU. Plus précisément, cette somme serait empruntée par la Commission au nom de l’Union européenne et serait ensuite redistribuée vers les États membres, soit sous forme de subventions (390 milliards d’euros), soit de prêts (360 milliards d’euros). Bien loin d’un véritable financement européen mutualisé des déficits publics nationaux, cet endettement commun aura juste réussi à prouver le peu d’entente des 27, dans la mesure où les négociations pour valider l’esprit et la lettre de ce texte ressemblèrent à des palabres de marchands de tapis entre « les frugaux » (Danemark, Autriche, Suède et Pays-Bas) et les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie et Slovaquie). En tout état de cause, il fut acté que chaque État membre devra transmettre son programme de relance national à la Commission européenne avant le 30 avril 2021, pour validation par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée. Puis, lorsque les parlements nationaux l’auront autorisé, la Commission européenne pourra, enfin, emprunter les fonds sur le marché et effectuer les premiers versements aux États vers l’été 2021… et le reliquat entre 2022 et 2023 !

Bref, le chemin est encore semé d’embûches, mais l’enjeu est de taille, en ce que, sur les 100 milliards d’euros du plan de relance français — annoncé en septembre 2020 ! —, la France espère une enveloppe de 40 milliards de fonds européens. Or, le moins que l’on puisse dire est qu’il y a des retards à l’allumage au niveau européen face à l’urgence de la crise. De là à dire que le plan européen a fait long feu, il n’y a qu’un pas…

Mais en fin de compte, est-il encore pertinent de mesurer la reprise économique avec pour seul indicateur la production (PIB), qui ne tient, en effet, même pas compte des indispensables changements sociétaux ?

Raphaël DIDIER