Jouer collectif, une clé de résilience face à la crise ?

Les entreprises organisées en réseau ont plutôt bien traversé la crise, d'après France Clusters. Certaines ont su saisir des opportunités de court terme, comme la production de masques. D'autres ont investi des tendances prometteuses pour l'avenir.

Jouer collectif, une clé de résilience face à la crise ?
Jouer collectif, une clé de résilience face à la crise ?

La coopération, ça paie ! Telles sont, en tout cas, les conclusions d'une enquête sur « le rôle des clusters d’entreprises et pôles de compétitivité dans la gestion de la crise sanitaire et la relance économique dans les territoires ». L'étude, menée auprès de 70 clusters qui regroupent 20 000 entreprises, a été présentée le 3 décembre 2020, à l’occasion du forum des filières d'excellence et des écosystèmes territoriaux (FILEX), par Xavier Roy, directeur général de France Clusters. Cette dernière fédère plus de 80 000 entreprises via 400 adhérents (clusters d’entreprises, pôles de compétitivité et territoires d’industrie). « Globalement, quand elles travaillent en coopération, les entreprises traversent (… ) mieux cette période de turbulence que celles isolées », résume Xavier Roy. D'après l'étude, en novembre 2020, 65% des entreprises adhérentes à l'un des 70 clusters ne rencontraient pas de réelles difficultés. Et 97% des répondants estimaient les risques de dépôt de bilan faibles ou très faibles.« Ce sont des entreprises innovantes qui saisissent les opportunités que leur offre la période », décrypte Xavier Roy. Au total, 90 % des répondants pensent que la crise crée des opportunités. Dans certains cas, ces dernières sont liées aux exigences immédiates imposées par la crise sanitaire, qu'il s'agisse de la production de masques, ou de dispositifs de désinfection, notamment. Par exemple, Digital Aquitaine, qui fédère notamment des éditeurs de logiciels, s'est mis à produire des robots de désinfection à destination des collectivités locales ou des écoles. Acqua Valley, actif dans la gestion de l'eau dans les villes, a réalisé des dispositifs de désinfection de surfaces sèches ou humides et un système de détection ARN dans les eaux de surface. Autre exemple, Xylofutur, en Nouvelle-Aquitaine, spécialisé dans la sylviculture : des menuisiers se sont mis à découper du plexiglas, pour fournir des commerçants de détail qui accueillent du public. Et de nombreuses initiatives se sont concentrées sur la production de masques.

Investir des marchés de moyen terme

Mieux encore, l'agilité dont ont fait preuve ces organisations leur a permis de « saisir des opportunités à moyen ou long terme (…). Cette crise révèle ou stimule de nouveaux marchés, en réponse à des aspirations déjà émergentes qui se sont accrues » en 2020, estime Xavier Roy. Par exemple, en Auvergne-Rhône-Alpes, Mecaloire a mis sur pied une plateforme «Production en France !», destinée à promouvoir les compétences locales disponibles dans le domaine de l'industrie mécanique. Objectif : permettre la relocalisation des commandes de donneurs d’ordre désireux de sécuriser leurs chaînes de production. « Ils obtiennent leurs premiers résultats », commente Xavier Roy. Autre exemple encore, celui de la Silver Valley, basée en Île-de-France, qui vise l'économie des seniors. La pandémie a boosté leurs efforts concernant la mise en place de solutions contre l'isolement des personnes âgées, un marché prometteur…

D'après France Clusters, des clusters ont coopéré entre eux, pour marier, par exemple, compétences en médecine et en numérique, afin d'adresser de nouveaux marchés, comme la télémédecine ou les mobilités douces. Par ailleurs, la crise a confirmé le rôle des clusters, « trait d'union » entre entreprises et pouvoirs publics, souligne Xavier Roy. Le plus souvent, explique-t-il, les clusters sont des associations qui disposent d'une petite équipe de salariés ( cinq environ). « Ils ont été très sollicités par les entreprises pour les accompagner dans la mobilisation des outils de financement mis en place par le gouvernement », explique Xavier Roy. Une démarche qui a, par exemple, permis à 24 entreprises adhérentes de ID4CAR ( filière automobile, en Pays de la Loire), de déposer des projets de transformation de leurs usines dans le cadre du plan de relance, pour un budget supérieur à 100 millions d'euros.

Au total, durant la crise, les clusters ont fait « la preuve de leur utilité », juge Xavier Roy. Ces structures, qui ont commencé à se développer au début des années 2000 sous l'impulsion de l’État, regroupent aujourd'hui 80 000 entreprises.