Doubs

Lymphobank utilise le sang placentaire pour ses recherches contre le cancer

Dans ses laboratoires de Besançon, Lymphobank associe des recherches sur le cancer du foie et une activité industrielle tournée vers la thérapie cellulaire. Cette biotech, qui utilise en particulier le sang placentaire des jeunes mères pour contribuer à sauver des vies, cherche à créer son réseau de maternités partenaires.

Lymphobank cultive, isole et congèle les cellules qui serviront à la recherche, notamment, pour le traitement du cancer. (@ Lymphobank)
Lymphobank cultive, isole et congèle les cellules qui serviront à la recherche, notamment, pour le traitement du cancer. (@ Lymphobank)

« Je voulais garder ma liberté scientifique ! » Eric Robinet, fondateur de Lymphobank à Besançon en 2017, a créé son entreprise pour poursuivre ses recherches sur l’utilisation de cellules sanguines comme traitement au cancer du foie. « A Besançon, il y a tout l’écosystème favorable sur l’immunothérapie, mais je ne voulais pas une start-up qui dépende des investisseurs à qui il aurait fallu rendre des comptes. » Afin de mener ses recherches en toute tranquillité, ce scientifique de formation, ancien chercheur de l’EFS, Etablissement français du sang notamment, a donc développé une activité industrielle en parallèle pour les financer.

Avec ses quatre salariés, il valorise les déchets de produits transfusionnels issus, par exemple, de dons de sang inutilisables de façon thérapeutique pour le compte de laboratoires de recherche, privés ou publics comme l’Inserm ou le CNRS. Ce sang, récupéré par l’EFS, provient de deux sources distinctes. Outre les donneurs adultes de plus de 18 ans et de plus de 50 kilogrammes, Lymphobank travaille également sur le sang prélevé dans les cordons ombilicaux des jeunes mères après l’accouchement.

Donner la vie et en sauver une autre

« Ce sang placentaire est utilisé en alternative à la moelle osseuse dans les greffes hématopoïétiques, qui touchent les patients atteints de leucémie. Malheureusement, 90 % des poches prélevées ne sont pas conformes à l’usage thérapeutique. » C’est alors qu’Eric Robinet et Lymphobank interviennent pour récupérer ce sang destiné au rebut pour faire avancer la recherche.

Ce sang, riche en cellules-souches et donc en plaquettes, globules blancs et rouges, va permettre de recréer un système immunitaire, la recherche in vitro passant au stade des expérimentations animales sur des souris. Ces essais in vivo servent à tester des vaccins ou des traitements sur le cancer. « Ces prélèvements peuvent aussi servir à concevoir des biomédicaments ou créer du sérum pour la culture de cellules qui viendront remplacer le sérum animal. »

(@ Lymphobank)


Accord parental obligatoire

Particulièrement sollicité, le sang placentaire constitue 80 % de l’activité de Lymphobank et le chiffre tend à croître. Actuellement, il n’est prélevé que dans quelques maternités du réseau de l’EFS, la banque de Besançon étant la plus ancienne et la plus grande de France. « Nous souhaitons mettre en place notre propre réseau de maternité pour venir renforcer les prélèvements de l’EFS. »

Ce prélèvement est indolore pour la mère et se fait après la naissance de l’enfant. Il n’est réalisé que si toutes les conditions de sécurité sont réunies, selon un protocole strict, et avec le consentement de la mère, informée au préalable.

Par ailleurs, soucieux d’agir en toute transparence, Eric Robinet insiste sur l’impossibilité pour lui de tirer un profit de cette matière biologique. « Ces prélèvements visent à sauver des vies, donc tout l’argent que nous pourrions en retirer repart dans la recherche. Un comité de surveillance composé de représentants des patients, des donneurs, de la société civile et des maternités s’en assure. »

Pour Aletheia Press, Nadège Hubert